Petite fille d’hier, femme d’ici

 


🌺 Moi, Jessica... Congés bonifiés, juillet ou août 1992, quelque part en Guadeloupe...

Moi, Jessica, 8 ans, avec mon regard méfiant, mes cheveux "bizarres", ce teint plus caramel et cette posture autoritaire, presque supérieure...
À me demander ce que je fais là, incapable de réaliser la chance que j’avais d’être “chez moi”, dans ce cadre magnifique, sur ces terres chargées de l’histoire de mes ancêtres.


Ce voyage, c’était le rituel des congés bonifiés.
Tous les trois ans, quitter la grisaille de la métropole pour retrouver une famille lointaine, inconnue, qui me ressemblait sans vraiment me ressembler.

D’abord la Guadeloupe, chez ma famille paternelle.
Puis la Martinique, chez ma famille maternelle.
Un périple rythmé par les retrouvailles, les visages familiers mais oubliés, les embrassades maladroites, et les rituels que je ne comprenais pas toujours.


👧🏽 Enfant de la diaspora, j’étais étrangère sur mes îles, étrangère parmi les miens.
La chaleur, l’odeur des plats locaux, des épices et de la mer,
les rires sonores et les conversations en créole…
tout me semblait à la fois proche et lointain.


✨ Deux familles, deux ambiances.

🇬🇵 La Guadeloupe

C’était ma mamie, avec sa petite chapelle,
où elle accueillait ceux qui venaient chercher réconfort, bénédictions ou miracles...
Un monde mystérieux qui m’intriguait autant qu’il m’intimidait.
Mon regard d’enfant peinait à comprendre cette spiritualité intense,
cet univers fait de prières murmurées et de secrets bien gardés.

🇲🇶 La Martinique

C’était Papy Pélé, mon papy chéri.
Un homme dur avec ses enfants, mais qui, avec nous, ses petits-enfants,
se transformait en Papy poule bienveillant : nous étions des rois.

C’était mon soleil, mon repère,
celui qui faisait de chaque retour un moment précieux.
Avec lui, je retrouvais une place, une importance, une certitude :
j’étais chez moi, même si je ne le comprenais pas encore.


Aujourd’hui, cette petite fille méfiante a grandi.
Elle a quitté la métropole, cessé son périple à l’étranger
et vit désormais en Martinique,
non plus comme une étrangère, mais comme une actrice de son territoire.

Aujourd’hui, je travaille pour une entreprise locale,
qui contribue au paysage économique martiniquais.
Aujourd’hui, je suis fière de faire partie de cette terre
que je regardais autrefois avec tant de distance.


💬 Parce qu’au fond, ces congés bonifiés n’étaient pas seulement des vacances.
C’était des racines que l’on m’obligeait à retrouver.
Des racines que j’ai fini par accepter.
Des racines qui, aujourd’hui, me portent.

Commentaires